Pendant ce temps, je marchais dans tous les sens dans Manhattan. Ayant dû payer la moitié du loyer de Steven, je n’avais plus que 5$ pour vivre par jour.

J’essayais de comprendre la ville sans trop y arriver. Il y avait une telle tension palpable dans l’air, une telle intensité, presque de la violence à laquelle je n’étais pas habituée que je ne savais quelle distance prendre face au monde qui m’entourait.

Malgré tout, le fait de pouvoir faire des photos de la vie de Steven, m’aidait à construire quelque chose.

Steven avait une vie un peu compliquée…

La mère de sa fille, italienne, cherchait à obtenir la nationalité américaine après avoir réussi à la faire perdre à Steven par amour. Maintenant, ils étaient séparés. Il était devenu un étranger aux yeux de son propre pays, n’avait pas assez d’argent pour élever sa fille qui restait avec sa mère entrée dans une secte étrange avec une colocataire nymphomane emmenant, chaque soir, de nouveaux partenaires dans sa chambre.

Alors, retrouver son ami Jason pour aller marcher dans la ville la nuit et rêver ensemble d’avenir meilleur était très important. Ils m’avaient emmené un soir, devant cette boutique, pour m’annoncer que c’était ici le centre du monde. Dans la vitrine, il y avait une lettre de félicitation pour la qualité de ses produits signée par Ronald Reagan.

J’avais entendu dire que Robert Frank habitait à quelques rues de chez Steven. J’y trainais donc dans les snacks et bars me disant qu’il devait bien avoir une vie de quartier et que je l’y croiserai peu être. Il n’en fut rien.

De même qu’Allen Ginsberg venait de sortir un livre de photos « Snapshot Poetics : A Photographic Memoir of the Beat Era » que j’avais acheté à Paris. J’adorais ce livre. Plusieurs fois, j’entrai dans une librairie pour m’apercevoir que la veille, il y était passé pour une séance de dédicace. Là encore, je ne le vis jamais, sinon quelques mois plus tard à Paris à la galerie Agnès B où il me dédicaça enfin « Howl » en 10/18.

Steven avait un ami, Jason.

Jason était étudiant en cinéma. Il en parlait beaucoup. Mon anglais ne me permettait pas de comprendre toutes les références qu’il citait quand il parlait. Un our il est arrivé à l’appartement avec un projecteur de film super8 et nous avons projeté un vieux film sur le mur d’en face, celui qui avait une fenêtre par laquelle j’apercevais parfois une jeune femme qui se déshabillait parfois la nuit…

Steven m’avait laissé sa chambre dont j’avais payée le loyer pour lui. Il vivait chez les uns et les autres en attendant et nous nous retrouvions régulièrement chez lui ou chez sa fille.

Bon cuisinier, il survivait en faisant à manger de la cuisine italienne pour des amis. Il m’a ainsi appris « la pasta » que je continue de faire en pensant à lui.

Steven était poète et « écrivait » dans sa tête, ses poèmes en marchant autour des parcs.

Ensuite, il me les chantait sur le toit de l’immeuble du East Village East 11th Street, Avenue B.