Au petit matin, en sortant du camping, le village avait des allure de réveil difficile. La fête ne dure qu’un temps, mais diffusait encore quelque chose de doux.

Quelque chose proche de l’enfance. Le sentiment du temps suspendu qui s’étire et l’ennuie moileux d’attente de la prochaine fête du soir.

Selon l’âge, les uns attendent l’éternité d’une vie qui commence et n’aura pas de fin, les autres aussi, l’éternité d’après la vie dont on sait désormais qu’elle fut brève.

Indistinctement de l’âge, tous se retrouve face à leur enfance. Une douce nostalgie de tendresse ou de manques impossibles à combler. Quelque chose de plein et de vide à la fois.

Les fêtes collectives du soir, renvoient certains à la solitude de la journée. Aux cicatrices qui ne veulent jamais se refermer et déchirent tout autour d’elles.

On est arrivé en fin de journée dans la petite ville d’Ericiera. Il y avait une petite ambiance détendue de vacances en bord de mer.

Un mélange de familles, de jeunes et de vieux. Aucune tension.

Le groupe sur la scène sur la place du village dégageait une énergie folle, une puissance sans agressivité. Ça donnait envie de danser, juste d’être bien au milieux des autres.

Nous avons été dans un restaurant donnant sur la place. Nous avions la salle pour nous, le monde était dehors à écouter le concert.

Il n’y avait que ce petit garçon qui s’ennuyait et regardait la télévision. La joie du dehors contrastait avec la tristesse qui se dégageait de cet enfant.

Peut-être qu’en fait, je ne supporte pas de devoir arrêter de penser et de réfléchir au monde. Ce qui me dérange est le discours pseudo-écolo, basé sur l’égoïsme individuel et non l’humanisme désintéressé. Aussi, le fait qu’il faudrait justifier l’envie de faire la fête. Cela introduit l’idée qu’il y a de bonnes fêtes écolos et de mauvaises fêtes populaires.

L’écologie sans politique est du jardinage.

Il y a à la fois la quête d’hyper-individualité dans un collectif qui se veut relié à la nature ainsi qu’à l’univers. On est en plein dans la bouillie new-âge. C’est beau, c’est fun et ça reste capitaliste.

Le soir, on dit bonsoir au soleil, on prend ses derniers rayons comme un don immense.

Personnellement, j’atteins la saturation. Une forme de claustrophobie et d’agoraphobie combinée. L’injonction au bonheur me dégoûte. Je deviens cynique. J’ai envie de foutre le bordel.

Je commence à comprendre pourquoi le mouvement hippies, qu’enfant j’ai adoré, semblait si exaspérant pour certains, et pourquoi le punk, dont je me rapproche avec le temps, a pris la suite. On est donc partie avant la fin.