Il y a des ateliers de yoga, de massages, de méditation, de bien être pour vous ressourcer, vous retrouver, découvrir quel est votre animal totem, votre constellation astrale afin de vous dépasser, d’atteindre un nouveau stade, progresser…

Nulle compétition bien entendu, juste le fait que tout dépend de vous : votre santé physique ou psychique, vos rapports avec les autres et le reste du monde, l’agressivité ou la chance qui vous entour.

On baigne dans un bonheur capitaliste spirituello-écolo. Ça permet ensuite de retourner dans le monde, dans sa vie de tous les jours, en pestant juste sur le fait que l’on ne peut pas prendre autant de drogue qu’on le souhaiterait pour prolonger la fête chez soi.

Les œuvres recyclées sont colorées et amusantes. Recycler, c’est cool. On peut donc continuer à boire des bières industrielles dans des canettes en aluminium et des sodas chimiques dans des bouteilles en plastiques, on en fera ensuite de belles guirlandes.

Les concerts n’ont pas lieu tout le temps, il existe de longues plages horaires pour se reposer, aller manger ou assister à des ateliers.

C’est surtout au moment de manger que la question des hiérarchies sociales réapparait discrètement. Si on n’y prête pas attention, on ne voit jamais de circulation d’argent. Les échanges sont rapides, sans négociation. C’est à prendre ou à laisser. De toute manière, il est impossible d’acheter à manger en dehors du périmètre du festival. Bref, il vaut mieux faire partie de la classe moyenne supérieure pour bien profiter de la fête.

Ainsi, 35.000 personnes s’installent autour d’un lac. Une ville sort du désert le temps d’un weekend. Il faut tout prévoir, les flux entrant de nourritures et de boissons et sortant des déchets. Le festival se définit comme écolo : les toilettes sont sèches, il est demandé de ne pas pisser dans le lac, des arbres sont plantés après le départ des festivaliers. Des messages d’amour et de tolérance sont diffusés un peu partout. La musique incite à se laisser aller, à entrer en résonance avec les autres et l’environnement.

Tout le monde semble beau et jeune. C’est une utopie bien séduisante, une bulle de temps suspendu. On comprend les habitués qui reviennent tous les deux ans. Il y a comme une intensité de vie apportée par la musique et amplifiée par quelques drogues. Un unanimisme loin de la politique, de la misère sociale à préserver collectivement.

Outre la musique, les décors, les animations, les ateliers, les œuvres artistiques tout concours à la beauté du moment. Tous les sens sont sollicités et stimulés pour le plaisir de l’instant.

Il y a toujours une petite surprise quelque part, comme une attention particulière pour vous redonner le sourir.

Le lendemain, en allant chercher d’autres affaires à la voiture, je me suis rendu compte de l’ampleur du parking rempli de centaines de voitures.

L’organisation est très efficace, fluide et bien rodée. Malgré le monde, on ne se sent pas au bord de la saturation comme parfois dans le métro parisien.

Très vite, le territoire structure ce que l’on va vivre. Les espaces musicaux, les espaces de repos, les espaces de restaurations… chacun correspond à un profil socio-économique différent.

Simplement, le code implicite semble être de ne pas remettre en cause l’organisation, le pourquoi de notre présence ici. Comme un événement religieux, il n’y a pas de questionnement, non pas pour les détails de la vie quotidienne, mais plus généralement de l’existence même de la fête.