Le reste du trajet se fait paisiblement au moteur. C’est moins class’ qu’à la voile, mais on a tous marre de cette traversée. Impatient d’arriver à terre.
Nous hissons le pavillon orange pour signaler aux autorités que nous nous mettons à leur disposition car nous sommes étranger et arrivons sur leur territoire.
Personne en vient et nous décidons d’aller accoster au même endroit que ma tante et mon oncle avaient abordés lors de leur précédent voyage dans cette ville.
Ce sera donc au pied des Tours Jumelles, le World Trade Center sur le Pier 25.
La nuit passe. Le lendemain nous voyons un navire de guerre de l’US Navy. AU culot, mon oncle les appelle et leur demande s’ils auraient un peu de gasoil pour nous permettre d’arriver à New York. Le capitaine répond que oui, il est un ravitailleur, qu’il termine ses manœuvre et revient vers nous d’ici deux heures et son navire disparait à l’horizon.
Sûr de lui, mon oncle met les gaz et nous avançons. Mais au bout de deux heures, pas de navire américain. Mon oncle peste contre son enthousiasme qui lui a fait gaspiller du carburant inutilement.
Et puis le navire américain réapparait à l’horizon et en quelques secondes (?) se retrouve près de nous. Il se met parallèlement à nous en coupant la houle pour que nos mâts ne cogne pas coque. Il nous lance une amarre qui nous permet de récupérer un tuyaux et son pistolet à essence.
Nous remplissons le réservoir ainsi que deux jerricans.
Au moment de relancer l’amarre, on nous dit de la garder encore un instant et nous voyons descendre dessus un petit sac. Dedans, il y a la casquette du capitaine, un livret militaire de son bateau, un paquet de gâteaux et une bouteille de vin rouge de Californie.
Nous nous quittons. Eux sur le pont avec leur sirène, nous avec nous hourras et mon oncle saluant avec la casquette reçue. Je lui glisse que je le trouve très enthousiaste pour un anti-américain primaire. il me regarde sans comprendre la taquinerie et me lance « ferme ta gueule ! » Alors j’éclate de rire !
Ma tante et mon oncle qui vivaient aux Antilles avaient décidé de rentrer en France en passant par New York où ils espéraient faire un peu de charter pour gagner un peu d’argent comme ils l’avaient fait au moment du centenaire de la Statue de la Liberté.
Les élections régionales venaient de se terminer. Les écolos étaient rentrés en nombre au Conseil régional. C’était ma première campagne électorale. J’avais besoin de vacances.
J’ai donc rejoint ma tante et mon oncle aux Antilles par avion pour remonter à New York à la voile avec eux ainsi que le fils d’un cuisinier réputé de La Rochelle.
La traversée avait bien commencé. De Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, nous sommes allez dans un autre port dont j’ai oublié le nom pour réparer le pilote automatique qui ne fonctionnait plus. Nous avons refait à la main les bobines électriques. Ensuite, nous avons accosté à Saint Martin dans la partie Néerlandaise.
Puis ce fut la haute mer. Plus de terre en vue, juste de l’eau.
Le temps a commencé à changer. La pluie a rempli l’annexe (petit bateau qui sert à aller à terre). Elle se transformait en ancre flottante. Il fallu se résoudre à l’abandonner en mer. Cet épisode attrista beaucoup ma tante.
Nous naviguions en faisant des quart. Tenir ainsi toute la nuit n’est vraiment pas facile quand on n’en a pas l’habitude. Je me souviens m’être endormi quelques secondes avec l’angoisse au réveil que cela est duré longtemps et que nous allions percuter un cargo ou se prendre le câble de celui le reliant à une barge.
J’ai pu apercevoir subrepticement un dos d’un énorme poisson. Sans doute un orque, ce qui m’a provoquer une énorme émotion que je ne serais toujours pas définir aujourd’hui.
Au milieu des Bermudes, le mât de misaine (le mât avant) s’est fendu. Nous ne pouvions désormais plus avancer qu’avec la grand voile.
depuis que nous avions perdu l’annexe, j’étais sujet au mal de mer. Je passais mon temps sur ma couchette. Mais quand il fallait faire une manœuvre, je sautais sur mes deux pieds et était tout frais dispo pour l’action.
Puis, un jour, j’entendis ma tante hurler. Le pilote automatique s’était bloquer et nous faisait empanner. Sauf que nous étions en grand largue. La retenue sur la baume, afin qu’elle ne batte pas trop avec le roulis, la fit exploser lors du virement de bord. Les nerfs de ma tante faillir lâcher. Mon oncle, comme dit la chanson, « un fameux bricoleur », arrangea les choses mais la grand voile ne donnait évidement plus toute sa puissance.
Le vent tomba, il fallu mettre le moteur. Sauf que nous n’avions pas assez de gasoil pour arriver à New York. Durant la nuit, mon oncle fit un appel radio pour savoir si, au cas où, quelques navires pourraient venir nous aider. Après quelques secondes qui parurent très longues, plusieurs bateaux nous répondirent en donnant leur position. Même les gardes côtes américains nous dirent se tenir prêt pour nous secourir.
Mon oncle les remercie et éteint la radio. Je lui demande pourquoi il ne leur demande pas de venir et il me répond que s’il le fait, les sauveteurs peuvent exiger 10% de la valeur du bateau. Dans ces conditions, il sera obligé de le revendre pour honorer la dette. On appellera que si l’on est en danger de mort.
New York était alors une ville assez déglinguée. Ça ne correspondait pas tellement à ceux à quoi je m’attendais. Au cinéma tout est tellement lisse, même pour un film noir. Tout est fluide dans cet immense décor.
Mais pour des français, on ressentait cette énergie que Paris s’échine à étouffer par le poids de son passé sous le contrôle des parvenus, par un empilement de normes et de règlements, utiles au début, étouffants à la fin…
New York était dure mais pleine d’énergie et, pour peu qu’on adhère au rêve américains, pleine d’espoir.
Nous avons bien sûr fait les touristes : Empire State Building, World Trade Center, Statue de la Liberté…
Mais nous avons préféré essayer de vivre la ville comme ses habitants et faire la cuisine pour des soirées avec Steven et Jason. Tenter de créer notre propre histoire plutôt que de recevoir celle que la ville impose.